Retour sur une visite de jardins dans l’Oise

Sur une heureuse proposition du Directeur de l’Ecole des Jardiniers, François Lesellier, six apprenti-jardiniers de cette école sont partis le 23 juillet 2016, en visite d’étude de quatre jardins menés en permaculture. Un de ces jardins est mené par la propriétaire des lieux, les trois autres sont partagés et disponibilisés par la commune qui en est propriétaire ; tous sont localisés dans le département de l’Oise.

Comme première visite, François a choisi de nous faire connaitre le jardin ou plutôt « le parc » de la maison d’une certaine Madame Fleury à Clermont où nous arrivons aux environs de midi depuis une rue située assez haut sur la colline. Cordialement reçus par cette ancienne pharmacienne depuis un portillon du jardin tourné sur la ville, nous pénétrons dans un jardin d’agrément précédant une charmante, simple et grande maison de villégiature rurale début de siècle, implantée à flanc de coteau, aux façades à l’appareillage mélangé de pierres et briques façon «écoles Jules Ferry » et aux modénatures imitant la structure colombage propre à une certaine architecture vernaculaire du moyen-âge. Le tout dans le pur esprit « Belle Epoque ».

Malgré la position de cette maison qui obstrue depuis la rue la vue sur le paysage, nous imaginons sans difficultés que tel un belvédère, toute la maison et non seulement sa tourelle, jouit, notamment depuis la façade arrière d’un agréable panorama sur la campagne alentour.
Ce jardin d’accueil est fleuri de mille espèces de fleurs vivaces : se succèdent devant nos yeux éblouis milles couleurs et mille formes nous transportant dans un ailleurs merveilleux : Anémone du Japon, Onentaire, Campanule (ressemés par les oiseaux), Hadescia, Sauges, fleurs roses de la Renoué, fleurs bleus de la Véronique, Clématite et Chèvrefeuille galopants sur toute plante, Abélias et une multitude d’autres beautés. Madame Fleury intervient peu dans son jardin : « je ne fais qu’accompagner la nature » nous confie-telle… Ici et là pourtant, tel un paradoxe qui se maintient dans le temps : des buis taillés en forme d’animaux réels mais hors d’échelle structurent le jardin, lui donnant une touche d’artifice et de naïveté : un escargot démesuré, un éléphant miniaturisé,…

Le jardin se poursuit sur le côté latéral gauche de la maison et se développe en pente douce derrière celle-ci autour d’une petite prairie aérant l’ensemble comme une clairière. Tout au long de ce trajet  nous continuons entourés d’innombrables et diverses fleurs  et autres plantes : Fougères, Fausses Valérianes, Maubrecias, Sauges décoratives, Talitrones, Pensetemos, Heptacodium arbustives, Arbre-à-mouchoirs, Séquoias dorés, Nigelles bleues, … La densité d’espèces végétales composée d’arbres, d’arbustes, d’arbrisseaux de fleurs ou de fruits est telle que nous pouvons avoir l’illusion de nous perdre dans une forêt. Une seconde clairière surgit dans laquelle règne un potager et où poussent entre autres divers légumes, dont l’épinard sauvage  Tétragon, la légumineuse Colutéa, des haricots à rame maintenus par des tuteurs provenant de la bambouseraie à portée de main et une jachère de Phacélies. Une petite serre abrite des tomates. Le tout bordé de quelques groseilliers paillés. Madame Fleury nous informe qu’elle pratique le paillage tout l’hiver, réduisant en copeaux les résidus végétaux de son jardin…
Cette visite d’une petite heure se termine déjà et nous prenons conscience  que cette surface  de jardin de 2300 m2 est riche en thèmes et événements paysagers : l’agrément, la grotte, la bambouseraie, le bassin avec ses nénuphars, la prairie, la forêt, la clairière, le parcours, le relief, le potager, le verger, quelques animaux …

Nous prenons congé de Madame Fleury avec des remerciements et la remise par notre Présidente Marie-Noel  d’une bouteille de champagne.

L’heure de piqueniquer était venue et François avait prévu, non par hasard, de nous montrer un jardin mené lui aussi, bien sûr, en permaculture par trois couples de professeurs et dont le terrain, disponibilisé par la Mairie est situé à la sortie de Heilles, en contrebas d’une route. Après avoir garé nos voitures sur le bord de celle-ci nous sommes descendus vers le terrain de forme rectangulaire, de peut-être 30 par 60 mètres, et se trouvant disposé perpendiculairement à la route.

Nous remarquons de suite au centre du jardin une tonnelle rafraichissante à l’ombre de laquelle table et bancs nous invitent à poser nos paniers artisanaux tressés d’osiers ou de cannes. Et nous voilà tous partis à la découverte pour étudier ce deuxième  jardin dont le tracé nous apparait d’emblée de forme géométrique… Une coupole vivante de saules tressés et servant de cabane fraiche pour les enfants attira d’abord notre attention. Plusieurs d’entre nous, adultes pourtant, y sommes entrés et y sommes assis sur des rondins de troncs d’arbres disposés verticalement et qu’on ne devait pas déplacer. Tous ont trouvés l’endroit très frais par rapport à la chaleur torride qui se faisait sentir à l’extérieur. Un ru traverse le jardin longitudinalement, formant une petite mare au centre du terrain, développant nénuphars  et abritant grenouilles et crapauds, gros mangeurs de mollusques tels limaces et escargots. Une trame de chemins  définit des « carrés » ou pour être précis des rectangles bordés pour certains de petites haies de buis d’une trentaines de centimètres de haut maximum, pour d’autres de planches de bois disposés verticalement, tous peuplés de divers légumes et agrémentés de nombreux rosiers. Insolite : jouxtant des tomatiers timorés s’en trouvent d’autres bien rayonnants sous un parapluie… Des haricots grimpent joyeusement sur des tuteurs joliment disposés et ordonnés. Un épouvantail  à robe et à chapeau roses monte la garde auprès des arbres et arbustes à petit fruits… Un fauteuil en bois siégeant un bac permet à des plantes de se reposer. Au centre du jardin se trouve une maison verticale abritant un hôtel à insectes 5 étoiles. Cette maison, en bois, de environ 2 mètres de hauteur sur 1 mètre de large et 30 cm de profondeur  est formée de cases, certaines remplies de brindilles, d’autres de cannes, de tronc percées de trous, de paille ou de vases renversés de façon à servir de nichoir pour coléoptères et autres insectes amis des jardiniers…

Le grand air et ces déambulations studieuses par grand soleil suffirent à aiguiser notre soif et notre appétit. Sur quoi nous déballâmes notre piquenique, végétarien comme de circonstance : salades variées, sandwichs, guacamole, pistou, tomates-cerise et autres légumes-fruit, fromages, divers fruits, gâteaux et, en cette saison, l’indispensable bouteille d’eau…

Une des jardinières amatrices venue travailler au jardin nous surprend pendant le piquenique. Une conversation éclairante s’en est suivie et est venue parfaire la visite comme une cerise sur le gâteau. Nous avons appris par exemple que chacun des carrés est cultivé par un des membres du jardin partagé et que des curieux pénétraient parfois dans le jardin pour regarder et se détendre, ce qui n’entrainait nullement des vols. Un motif de préoccupation récent était par contre un certain vandalisme.

Nous prenons à présent la direction de Beauvais pour visiter notre troisième jardin: le « Jardin de la paix ».
C’est un jardin situé au cœur d’un ensemble récent d’immeubles d’habitation et on pourrait le nommer aussi « Jardin métissé ». L’idée du plan du jardin est un arbre, symbole de l’humanité, dans lequel chacune des branches symbolise une religion. Cet arbre est concrétisé dans le jardin par des allées dont la principale représente le tronc, rythmée par une succession de porte en arcs en métal pouvant accueillir des plantes grimpantes.  Une autre idée du jardin a été d’appeler les habitants du quartier à participer à sa réalisation et nous y trouvons donc un massif d’herbes aromatiques au milieu desquelles les traditionnelles espèces de sauge, citronnelle, thym ou romarin, ont fait une place à la délicieusement parfumée « mentha spicata nanah », dite « marocaine » en France mais qui du reste est commune dans tout le Maghreb. Une troisième idée du jardin est le choix de plantes vivaces et rustiques afin de faciliter son entretien et on y trouve donc la Verge d’or ou Solidage (plante bien connue des médecins homéopathes et répertorié dans la botanique internationale sous la nomenclature latine « Solidago virga aurea »), le Miscanthus sinensis ou Herbe à Éléphant, originaire comme son nom l’indique d’orient et qui donne un bon paillage de carbone. En ce qui concerne les légumes, marquent présence notamment : le vertical et élégant Chou portugais (variété de Brassica oleracea), commun ou vulgarisé dans les pays de culture portugaise et le Panais, légume d’origine méditerranéenne, faisant penser à une grossière carotte, de chair blanche, quelque peu indigeste, de là inexorablement oublié depuis l’arrivée en Europe de la pomme de terre au XVI siècle et réintroduit aujourd’hui dans l’alimentation suite à une certaine mouvance de retour aux sources de l’agriculture biologique.

Tout autour du jardin et servant aussi de clôture à ce troisième paragraphe, se dresse une efficace haie de charmilles rigoureusement taillée.

Le quatrième et dernier jardin qui lui aussi est partagé s’appelle « L’écume du jour». Il est situé sur le plateau de Beauvais. Au départ ce jardin est lié au restaurant homonyme situé au bas du plateau, faubourg de Beauvais. Le cuisinier ne montant jamais au jardin, l’association « jardin-restaurant » ne fonctionne pas. Les légumes poussant dans le jardin sont des légumes rustiques et de saison faciles à cultiver et vraisemblablement ne correspondent pas aux besoins de la gastronomie du restaurant. Tournesol, chou fourrager, oignon, fève, bourrache, arroche, radis noir se ressemant seuls.

Une première partie de ce jardin, plus ancienne, semble avoir été délaissée au profit d’une nouvelle partie dans laquelle la Mairie avait apporté de la terre pauvre et où les jardiniers ont pratiqué un paillage de copeaux de bois pour l’enrichir et sur lequel poussent déjà des cucurbitacées. Comme dans les autres jardins, des tas de compost se constituent. Les parterres sont délimités par une série de briques ou de rondins de bois. Le jardin comprend un endroit de convivialité, important dans un jardin-partagé, comprenant un barbecue bricolé astucieusement et une structure-bois pour l’instant non couverte.  Il se situe au milieu d’autres jardins partagés et menés en culture conventionnelle. On observe ce voisin avec certaine perplexité et curiosité…

En nous promenant  sur le plateau nous avons repéré des bordures de massif tressées de tiges de branches. François nous a expliqué que les piquets d’acacias servant à fixer les bordures résistent mieux et que l’on peut utiliser du bois de chauffage à fendre. Les tiges à tresser peuvent être en noisetier ou en châtaigner, le châtaigner résistant mieux, 5 ans, le noisetier trois ans. Pour la bordure 10 cm de haut peuvent suffire.

Il faisait chaud, on commençait à fatiguer, nous sommes repartis dans nos voitures en se suivant et se doublant parfois, puis se perdant et se retrouvant pour manger des cacahuètes (leurs déchets font un excellent paillage parait-il, mais en Europe ce serait du luxe) et boire un coup, et c’est là qu’on a pensé à se dire au-revoir, il était temps !
Une magnifique journée. Nous sommes déjà prêts à recommencer l’année prochaine.
Vive l’Ecole des Jardiniers !

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